Temps de lecture estimé : 5 mn

La qualité de l’air en France connaît une amélioration notable : les niveaux de pollution diminuent et les dépassements des seuils réglementaires se font plus rares. Toutefois, une nouvelle étape s’ouvre avec l’entrée en vigueur, au 1er janvier 2030, d’une directive européenne qui abaissera significativement les valeurs limites de plusieurs polluants, parfois de moitié ou davantage. Ce durcissement des exigences va entraîner une révision des politiques publiques, à l’échelle nationale comme locale.

Des directives européennes qui évoluent

Les directives européennes du 21 mai 2008 et du 15 décembre 2004 modifiées partiellement par la directive 2015/1480 comportent des exigences sur la surveillance de la qualité de l’air, l’information et les actions à engager. Ces directives tiennent compte des normes, des orientations et des programmes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

En 2016, la directive (EU) 2016/2284 vient fixer des objectifs de réduction des émissions de polluants par rapport aux émissions de 2005 pour les horizons 2020 et 2030. Ces obligations se traduisent par l’obligation de mettre en place un système d’inventaires nationaux d’émissions de polluants atmosphériques et un plan d’action national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (PREPA).
Ainsi, le PREPA fixe la stratégie de l’État pour réduire les émissions de polluants atmosphériques au niveau national et respecter les exigences européennes. C’est l’un des outils de déclinaison de la politique climat-air-énergie. Il combine les différents outils de politique publique : réglementations sectorielles, mesures fiscales, incitatives, actions de sensibilisation et de mobilisation des acteurs, actions d’amélioration des connaissances.
Conformément à l’article 64 de la loi TECV (mentionnée ci-après), le PREPA est composé de :
• un décret fixant des objectifs chiffrés de réduction des émissions des principaux polluants à horizon 2020, 2025 et 2030 ;
• un arrêté établissant pour la période 2017-2021, les actions prioritaires retenues et les modalités opérationnelles pour y parvenir.

En septembre 2021, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a publié de nouvelles valeurs guides qui impliquent une forte diminution des valeurs pour les oxydes d’azote et pour les particules.
En cohérence avec ces nouvelles lignes directrices de l’OMS, la Commission européenne a présenté en octobre 2022 une proposition de révision des directives relatives à la qualité de l’air ambiant. Cette proposition prévoyait notamment d’abaisser la valeur limite annuelle des particules fines PM2,5 de 25 à 10 µg/m³ à l’horizon 2030, soit une réduction de 60 %.
La nouvelle directive (UE) 2024/2881 est entrée en vigueur le 11 décembre 2024. Les États membres disposent depuis cette date d’un délai de deux ans pour transposer le texte dans leur droit national, soit au plus tard d’ici le 11 décembre 2026. Les nouvelles valeurs limites se rapprochent davantage des recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), sans les appliquer totalement, pour permettre une transition réaliste mais ambitieuse. L’objectif est d’imposer des exigences plus strictes afin de construire un avenir plus sain.

Image1

La transposition en droit français, de nouvelles valeurs limites à respecter à échéance 2030

Ces différents textes ont été transposés en droit français dans le Code Environnement art.R221-1, et par l’arrêté du 19 avril 2017 relatif au dispositif national de surveillance de la qualité de l’air ambiant.

La directive de 2008 a été transposée par le décret 2010-1250 du 21/10/10 relatif à la qualité de l’air . Ce décret fixe des seuils réglementaires à respecter par polluant (notamment les particules PM 2.5) et renforce certaines dispositions relatives aux plans de protection de l’atmosphère (PPA) instaurés en 1996 par la loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie (LAURE).

La loi LAURE instaure « la mise en œuvre du droit reconnu à chacun à respirer un air qui ne nuise pas à sa santé ». Cette action d’intérêt général consiste à « prévenir, à surveiller, à réduire ou à supprimer les pollutions atmosphériques, à préserver la qualité de l’air et, à ces fins, à économiser et à utiliser rationnellement l’énergie ». Par cette loi, la surveillance de la qualité de l’air est obligatoire en France. Le Plan de Protection de l’Atmosphère permet de répondre à cette exigence.

Le PPA est un outil de planification qui vise à reconquérir et préserver la qualité de l’air sur le territoire. A l’échelle d’un territoire, le PPA a pour objectif de ramener la concentration en polluants dans l’atmosphère à un niveau conforme aux normes de qualité de l’air.
La mise en place d’un PPA est obligatoire pour les agglomérations de plus de 250 000 habitants. Les agglomérations qui n’ont pas l’obligation d’élaborer un PPA, ainsi que tous les territoires de plus de 20 000 habitants, sont soumis à l’obligation de réaliser un PCAET. Les PCAET doivent inclure des actions en faveur de la qualité de l’air.

La LAURE demande par ailleurs à ce que soit mis en place un dispositif d’alerte en cas d’épisodes de pollution de l’air, encadré par des arrêtés préfectoraux.

Cette même loi précise dans son article 2 que « […] constitue une pollution atmosphérique au sens de la présente loi l’introduction par l’homme, directement ou indirectement, dans l’atmosphère et les espaces clos, de substances ayant des conséquences préjudiciables de nature à mettre en danger la santé humaine, à nuire aux ressources biologiques et aux écosystèmes, à influer sur les changements climatiques, à détériorer les biens matériels, à provoquer des nuisances olfactives excessives…  ». Ainsi, au sens de cette loi, les nuisances olfactives excessives constituent une pollution atmosphérique.

En 2010, la loi Grenelle II a introduit dans le Code de l’environnement, l’obligation de surveiller la qualité de l’air intérieur dans les établissements recevant du public (ERP). Le décret n° 2015-1000 du 17 août 2015 a fixé les échéances suivantes : 1er janvier 2018 pour les écoles maternelles, élémentaires et crèches, 1er janvier 2020 pour les accueils de loisirs et les établissements d’enseignement du second degré et 1er janvier 2023 pour les autres établissements.

En 2015, la loi de transition énergétique pour une croissance verte, appelé aussi loi TECV, intègre un volet air aux anciens Plan Climat Énergie Territoire (PCET) qui deviennent des PCAET (Plan Climat Air Énergie Territoire). Elle rend les PCAET obligatoires pour les EPCI de plus de 20 000 habitants, donne aux EPCI la responsabilité de la mise en place des PCAET, et les nomme coordinateurs de la transition énergétique.
Des plans territoriaux aux PCAET

Le décret du 28 juin 2016 définit le champ couvert par les PCAETs et leur contenu. Les enjeux de l’air sont intégrés tout au long de l’élaboration du PCAET : dans le diagnostic (estimation des émissions territoriales de polluants atmosphériques), dans la stratégie (réduction des émissions de polluants atmosphériques et de leurs concentrations), dans le programme d’actions (prévenir ou réduire les émissions de polluants atmosphériques).
L’arrêté du 4 août 2016 indique dans son article 4 qu’un PCAET doit contenir « les objectifs de réduction des émissions de polluants atmosphériques du territoire selon le secteur d’activité ». Il cite les 6 polluants atmosphériques suivants : les oxydes d’azote (NOx), les particules PM10 et PM2,5, les composés organiques volatils (COV), le dioxyde de soufre (SO2) et l’ammoniac (NH3) ; ainsi que 8 secteurs d’activités : résidentiel, tertiaire, transports routiers, autres transports, industrie hors branche énergie, branche énergie, déchets et agriculture.

En 2019, de nouvelles mesures ont été inscrites dans la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) afin de promouvoir davantage encore la prise en compte de la qualité de l’air sur les territoires.
L’art. 85 de cette loi renforce le volet air des PCAET avec :

  • l’obligation d’atteindre des objectifs territoriaux biennaux, à partir de 2022, des émissions de polluants atmosphériques ;
  • l’obligation de respect des valeurs limites réglementaires en concentration dans l’air pour certains EPCI ;
  • l’obligation de respecter les normes de qualité de l’air prévues au niveau national (PREPA) dans les délais les plus courts et au plus tard en 2025.

En janvier 2021, un décret est venu modifier l’art. D222-38 du Code de l’Environnement. Ce décret fixe les objectifs de réduction des émissions anthropiques de polluants atmosphériques pour les années 2020 à 2024, 2025 à 2029 et à partir de 2030.

 

La France n’a pas encore transposé en droit français les nouvelles exigences de la directive cadre sur l’air de 2024, elle a jusqu’en décembre 2026 pour adapter cette directive européenne à l’échelle nationale.
Les changements concrets les plus visibles seront :
1. Un seuil d’alerte pour les particules fines PM2,5
Pour la première fois, la nouvelle directive introduit un seuil d’alerte spécifique pour les PM2,5(les particules fines). Jusqu’ici, seuls les polluants comme le dioxyde de soufre (SO₂), le dioxyde d’azote (NO₂), les particules PM10 et l’ozone (O₃) étaient concernés par les épisodes de pollution.
2. Des seuils de pollution plus stricts
Les valeurs à ne pas dépasser pour certains polluants ont été révisées à la baisse, afin de mieux protéger notre santé.
Les nouvelles obligations entreront en vigueur progressivement entre 2026 et 2030, pour laisser le temps aux territoires, entreprises et citoyens de s’adapter.